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Hommage à Gilles Caron 

avec Diane Arbus, Edouard Boubat, Brassaï, Henri Cartier-Bresson,  Marie-Laure de Decker, Luc Delahaye, Edouard Elias,  Zanele Muholi et Elio Sorci

 

La Galerie Anne-Laure Buffard est heureuse de présenter l’exposition Hommage à Gilles Caron, conçue en partenariat avec la Collection Bachelot et en étroite collaboration avec la Fondation Gilles Caron et la MPP.

 

À l’occasion du Bicentenaire de la photographie, l’exposition met à l’honneur cette figure emblématique de la photographie de presse et du reportage de guerre, disparue prématurément au Cambodge en 1970.

 

En moins de cinq années, Gilles Caron a imposé un regard d’une rare intensité sur son époque. Mai 68, la guerre des Six Jours, le Biafra, l’Irlande du Nord ou le Vietnam, mais aussi l’effervescence culturelle et politique des années 1960, composent une œuvre où se côtoient l’Histoire et la vie quotidienne, les combats d’émancipation et la guerre.

 

Près de soixante ans plus tard, la force de ces images demeure intacte. L’exposition Hommage à Gilles Caron propose de porter un regard renouvelé sur l’œuvre du photographe en faisant dialoguer ses images avec celles d’artistes qui l’ont précédé, accompagné ou prolongé, notamment Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Édouard Boubat, Diane Arbus, Marie-Laure de Decker, Luc Delahaye et Zanele Muholi. Filiations, écarts et correspondances permettent ainsi de mesurer la singularité et la postérité de son regard.

 

Tous deux photographes de l’« instant décisif », Cartier-Bresson et Caron partagent cette capacité à faire coïncider l’événement et sa forme. Composition, lumière et articulation des plans organisent le réel au moment même où il surgit, du reportage au portrait, donnant à leurs images une puissance qui dépasse leur valeur documentaire.

 

Le rapprochement avec Brassaï et Édouard Boubat révèle une autre dimension du regard de Caron : à la théâtralité de la rue chez le premier répond la poésie du quotidien chez le second. Caron partage avec eux cette attention aux gestes et aux corps dans l’espace, faisant de la scène saisie sur le vif une composition.

 

Le dialogue avec Diane Arbus se joue autour des rites et des signes d’appartenance : aux Orangistes de Caron photographiés en Irlande du Nord répond le jeune partisan de la guerre du Vietnam d’Arbus, où l’individu semble presque se confondre avec les codes du groupe.

 

Les œuvres de Marie-Laure de Decker et de Zanele Muholi déplacent cette réflexion sur l’identité vers l’autoportrait. « J’ai voulu voir », écrivait Caron dès 1960. Chez Marie-Laure de Decker, les autoportraits témoignent d’un rapport existentiel à la photographie. Chez Muholi, l’autoportrait devient un espace de réappropriation militante de sa propre image et de réinvention des représentations du corps noir, entrant en résonance avec les célèbres portraits de combattants biafrais réalisés par Caron.

 

Avec Luc Delahaye, le dialogue se noue autour d’une question cruciale chez Caron : celle de la juste distance. Des traces aux corps, du visage au geste, leurs images se répondent dans leur manière de représenter l’événement, interrogeant la place du photographe autant que celle du regardeur.

 

Profondément picturales, les images de Gilles Caron possèdent également une remarquable dimension cinématographique : cadrages, regards et hors-champ semblent contenir un récit qui précède l’image et se poursuit au-delà d’elle. Séquences tirées de ses reportages, rares tirages cibachromes et planches-contacts agrandies donnent à voir cette écriture de l’image en mouvement. La puissance de ce regard inspira aussi le cinéma, de Francis Ford Coppola à Stanley Kubrick : des extraits d’Apocalypse Now et de Full Metal Jacket seront présentés en regard. Photographie et cinéma se prolongent ainsi dans l’exposition.

 

À travers ces dialogues, Hommage à Gilles Caron révèle la richesse et la saisissante actualité d’une œuvre qui excède la seule valeur documentaire de l’image pour interroger sans cesse la place du photographe et du regardeur, et la juste distance qu’ils peuvent, ensemble, tenir face à l’événement.

 

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